Recherche

Financement de la recherche

De 1984 à 2014, tout financement confondu, le Laboratoire d’archéologie de l’UQAC a pu compter sur 3 054 899 $ pour mener ses activités, soit une moyenne annuelle d’environ 100 000 $. Sans en dresser ici une liste exhaustive (voir section 1 du curriculum vitae pour une liste détaillée), le financement du Laboratoire d’archéologie de l’UQAC provient de quatre catégories d’organismes. i) Les fonds de recherche gouvernementaux universitaires : Fonds québécois de la recherche et de la culture (FQRSC), Fonds pour la formation des chercheurs et l’aide à la recherche (FCAR) et Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH). ii) Les sources universitaires : Fondation de l’Université du Québec à Chicoutimi (FUQAC), l’UQAC elle-même, l’UQ et l’UQAM. iii) Sources gouvernementales : Ministère du transport du Québec, Ministère de la culture et des communications du Québec, Secrétariat d’état aux affaires indiennes du Canada, Municipalité régionale de comté Le-Domayne-du-Roi, Ville de Saguenay. iv) Sources privées : Rio Tinto Alcan (précédemment : Alcan), Hydro-Québec, Électricité de France/Énergie nouvelle, Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean.

Contribution à la recherche en archéologie[1]

La carrière a débuté par des recherches en anthropologie (spécialisation en archéologie) aux niveaux maîtrise puis doctoral portant sur l’adaptation des populations du Nord-ouest du Costa-Rica (Guanacaste) au milieu maritime/côtier. Qu’il s’agisse du mémoire ou de la thèse, dans les deux cas, le processus de recherche a consisté à emprunter à une autre discipline que l’archéologie (en l’occurrence à la conchyliologie/malacologie) des modèles qui permettent d’estimer la saisonnalité d’occupation (mémoire de maîtrise ; voir aussi A03, A05) ou encore d’illustrer la surexploitation à l’échelle régionale du milieu marin à travers le temps : 1 200 ans d’occupation avant le contact (thèse de doctorat, A10, C02, C03). Ces recherches costaricaines ont constitué les éléments constitutifs de la méthodologie de recherche, à savoir le recours sinon à des modèles au moins à des méthodes provenant d’autres disciplines (en particulier les sciences naturelles et fondamentales) et recours plutôt systématique à la quantification (statistiques univariées aussi bien que multivariées). De surcroît, ces recherches de 2e et 3e cycles ont conduit, avant d’être engagé à l’UQAC, puis quelques années au-delà de cet engagement, à partager avec deux collègues de l’UQAM des travaux portant sur l’adaptation maritime en Haute Côte Nord (Grandes-Bergeronnes). Plus précisément, un site ancien (vers 3 500 avant notre ère) qui constitue encore aujourd’hui un des rares sites de cette époque illustrant en Haute Côte Nord l’exploitation intensive de mammifères marins (phoques : voir L1, C04).

Engagé à l’UQAC, des travaux de terrain extensifs ont été entrepris à l’embouchure de la Metabetchouan (sud du lac Saint-Jean) et sur la rivière Ashupmushuan (ouest du lac Saint-Jean). Ces travaux de terrain qui se sont poursuivis jusqu’à ce jour avec une orientation vers la sous-région du Saguenay depuis 1996, ont donné lieu à de multiples publications. Parmi elles, se retrouve le questionnement portant sur la région elle-même comme contexte de recherches archéologiques (A28, C20, C32). On aura compris que ces textes contribuent à préciser des éléments du débat sur le développement régional, thématique de premier plan des sciences humaines à l’UQAC. Retenons encore la synthèse la plus récente dans un ouvrage collectif portant sur les peuplements et préhistoires en Amérique (C44). Ce chapitre a donné l’occasion de dresser un bilan des trois grandes phases d’occupations du Saguenay−Lac-Saint-Jean, savoir les plus vieilles occupations de chasseurs-cueilleurs entre 4 500 et 1 000 avant notre ère (cultures dites archaïques : A18) ; l’occupation subséquente où les chasseurs-cueilleurs utilisent la céramique obtenue de populations plus méridionales entre 1 000 avant notre ère et 1500/1600 de notre ère (périodes sylvicoles : A19, A25).

La troisième période ou période contact regroupe les occupations qui permettent de démontrer le «contact» entre populations autochtones/amérindiennes et les colonisateurs européens, notamment français. Certaines des publications (par exemple A27) fournissent des argumentaires à propos du concept même de «premiers contacts», notamment la question chronologique : ainsi dans quelle mesure un objet d’origine européenne est-il bien transmis directement aux populations autochtones ? Mais encore, dans quelle mesure le document ethnohistorique (récits de voyage comme ceux de Cartier ou Champlain, relations des jésuites) contredit-il ou non le document archéologique (ou inversement : C14). D’autres publications rendent compte dans le menu détail des caractéristiques des premiers contacts, notamment le site DhFk-7 sur la rivière Ashupmushuan, campement autochtone situé à un kilomètre environ du poste de traite de l’Ashuapmushuan et occupé à de multiples reprises non seulement avant le contact mais encore après lui entre 1600 et 1900 environ (voir A20, C13, C15, C19).

Ces travaux de fouille sur des sites de la période de contact ont conduit, pour l’essentiel, aux travaux spécialisés en archéométrie auxquels j’ai contribué au cours des vingt dernières années, voire davantage. Précisons que l’archéométrie consiste en la contribution des sciences naturelles et fondamentales aux diverses étapes de la pratique archéologique : collectes des données sur le terrain, leurs analyses en laboratoire, leurs interprétations et leurs mises en valeur (C38, voir les collectifs publiés sous la direction de ce chercheur : L2 et L3). L’usage des méthodes archéométriques sur les collections de témoins archéologiques provenant du Saguenay−Lac-Saint-Jean a tout entier été orienté vers l’élucidation de la question des transferts interculturels entre Amérindiens et Européens, ceci à travers l’étude de deux catégories d’objets provenant des seconds et échangés aux premiers contre des fourrures : les perles en verre et des chaudrons à base d’alliage de cuivre.

La question du transfert interculturel des perles en verre a fourni l’occasion de tester avec succès les travaux typologiques menés sur l’ensemble du nord-est nord-américain (Nouvelle Angleterre, partie méridionale des provinces de l’Ontario et du Québec) à l’échelle du Saguenay−Lac-Saint-Jean (A21, A23). Ainsi triées, des perles ont été soumises à l’activation neutronique (collaboration d’un collègue physicien nucléaire, R.G.V. Hancock), laquelle a permis de proposer un modèle de succession des perles en verre selon l’opacifiant utilisé (étain entre 1600 et 1700, antimoine entre 1675 et 1800 et arsenic entre 1800 et 1900 : A35, A36). Outre cette contribution à la chronométrie, il a été possible de contribuer à l’illustration de processus taphonomiques : ainsi, un ensemble de perles sur DhFk-7 a permis de distinguer des perles de décoration cousues à un même un sac (aujourd’hui totalement disparu) de la réserve de perles à l’intérieur de lui en combinant la caractérisation élémentaire des perles à leur distribution spatiale (A26, C30). Outre ces recherches portant sur les perles en verre mises au jour au Saguenay−Lac-Saint-Jean, des études ont porté sur des perles en verre trouvées ailleurs au Québec (C35, C36, C43) et, plus généralement dans le nord-est nord-américain (C28, C29, A30, A31, A33). Une publication récente (C45) propose une vue d’ensemble de ces études sur les perles en verre.

C’est encore sous la thématique générale du transfert culturel qu’ont été réalisées des recherches par activation neutronique des fragments de chaudrons en alliage à base de cuivre (surtout du laiton : cuivre et zinc ; voir synthèse C27 ; voir aussi description anatomique de tel chaudron en C26). Ces études ont permis de proposer un outil chronométrique fondé sur la teneur croissante en zinc entre 1600 et 1800 environ (C18, C31). Ces recherches ont encore contribué à la question du remontage en archéologie ; en effet si, par exemple, les tessons de poterie ou les fragments d’outils en pierre ont des dimensions qui en permettent le remontage par des procédés physiques, la minceur des tôles des chaudrons nécessite le recours à la composition élémentaire des fragments permettant ainsi d’examiner le degré d’affinité des fragments entre eux afin de dénombrer dans la mesure du possible le nombre de contenants présents sur le site à l’étude (C39). Ces études ont aussi permis de distinguer le chaudron en laiton selon le contexte dont il provient : sites de campements amérindiens (C18, A22), cimetières/sépultures (C17, C40), établissements européens (A37, C34, C42).

Outre les perles en verre et les fragments de chaudrons, a aussi été étudié un troisième type de matériel de transfert interculturel, les bagues dites de jésuite, présumées être des moyens de reconnaissance du baptême des catéchumènes par les jésuites (A32).

Hors de ces thématiques de recherche, il paraît opportun de souligner les publications suivantes portant sur des considérations générales à propos de l’archéologie amérindienne (A24), sur l’enracinement social de la recherche scientifique (A15, particulièrement utilisé comme outil pédagogique dans les cours de méthodologie des sciences humaines dispensés aux 2e et 3e cycles : voir section 2 traitant de l’enseignement), ainsi que sur l’archéologie américaine en général (définitions d’une centaine de termes pour un dictionnaire de préhistoire publié au Presses universitaires de France : C07 et C23).

Professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi